Vue sur Gérardmer et son lac, au cœur du tourisme vosgien en 2025

Gérardmer face à son avenir : tourisme, ski et dettes

À Gérardmer, l’histoire se raconte souvent au bord du lac, mais se décide dans les chiffres. Le rapport de la Chambre régionale des comptes Grand Est (exercices 2019 et suivants) pose un diagnostic exigeant : attractivité réelle, équipements structurants, mais cap touristique à clarifier, domaine skiable fragilisé et marges financières sous tension. La réponse du maire, publiée aux côtés du rapport, ne nie pas ces constats : elle les contextualise, annonce des chantiers et place la décision dans un cadre de concertation locale. Au fond, il ne s’agit pas de choisir un récit contre l’autre, mais de tenir les deux : la lucidité des données et la responsabilité de l’action publique.

Population, tourisme, cap : ce que dit la CRC

La commune (7 685 habitants au 1er janvier 2025 ; part des +60 ans : 38 %) reste un pôle d’attraction quatre saisons. Pourtant, la CRC relève qu’en dépit du classement « station de tourisme », il n’existe pas de politique communale clairement définie en matière de tourisme. Elle recommande d’en arrêter une, articulée avec la communauté de communes, avec des objectifs, des indicateurs et une gouvernance de suivi. Elle rappelle aussi que, sans nouvelles capacités financières, la commune peinera à accompagner l’évolution des services à la population et de l’offre touristique.

Le domaine skiable, nœud stratégique

Pistes enneigées et télésièges du domaine skiable de Gérardmer
Le haut du domaine skiable de la Mauselaine.

La CRC est explicite : le devenir du domaine doit être arrêté dès 2025. Quel que soit le scénario (poursuite adaptée, transformation de modèle, délégation…), l’impact sur les finances communales sera « significatif et durable ». En filigrane : une altitude modeste, un enneigement de plus en plus aléatoire malgré un réseau d’enneigeurs ancien et étendu, des coûts d’exploitation (eau, énergie, maintenance) sensibles, et des jours d’ouverture très variables d’une saison à l’autre. L’enjeu n’est pas uniquement technique : c’est un choix d’allocation de ressources et de positionnement touristique à 10–20 ans.

Équipements aquatiques et loisirs : l’attractivité à consolider

Piscine couverte moderne de Gérardmer, espace aquatique et bien-être
L’espace aquatique face au lac de Gérardmer.

Autre pilier évoqué par la CRC : l’espace aquatique et de bien-être et les activités associées (patinoire, bowling, etc.). Le rapport pointe des risques financiers (malfaçons, charges d’exploitation) et appelle à une gestion plus efficiente, à une clarification des cadres (organisation, délégations) et à une meilleure association de l’usager au coût. Le message est moins « arrêter » que « rationaliser » : remettre l’outil au service d’une stratégie quatre saisons cohérente, avec des recettes mieux alignées sur les usages.

Finances : la ligne de crête

Le cœur du sujet reste budgétaire : la CRC souligne une dette importante et des marges d’autofinancement à restaurer, d’autant que les risques pesant sur les budgets annexes liés au ski rejaillissent sur le budget principal. Dit sans détour : pour pouvoir investir utilement (tourisme, services, transitions), il faut dégager des marges, prioriser et phaser.


Ce que répond le maire : nuances, chantiers et méthode

Façade de la mairie de Gérardmer, lieu des décisions pour l’avenir touristique
La façade de la mairie de Gérardmer lors de la fête des jonquilles.

La réponse du maire s’inscrit dans une logique de rééquilibrage : reconnaître les limites, mais rappeler les efforts déjà engagés et la contrainte des calendriers (juridiques, techniques, humains). Elle met l’accent sur une démarche concertée avec les acteurs du territoire (hébergeurs, associations, intercommunalité) pour bâtir une politique touristique partagée, plutôt qu’un document « hors-sol ».

Sur le ski, l’exécutif dit avoir conscience de l’échéance 2025 et la replace dans un projet quatre saisons, moins dépendant de l’aléa neige. Enfin, la réponse assume la nécessité de renforcer le pilotage (outils, indicateurs, gouvernance) et d’augmenter la capacité d’autofinancement, en agissant sur les recettes comme sur les dépenses.

Des leviers concrets évoqués côté municipalité

  • Recettes de fonctionnement : la mairie indique travailler sur des mesures nouvelles pour restaurer les capacités d’autofinancement. Parmi elles, l’option du stationnement payant, avec un marché d’horodateurs lancé et une mise en œuvre visée début 2026.
  • Clarification et régularisations : cadrage des délégations, gouvernance des équipements (dont le bowling) et consolidation des budgets annexes, conformément aux rappels du droit formulés par la CRC.
  • Cap touristique : engagement à formaliser une politique communale du tourisme articulée avec l’office intercommunal, condition du renouvellement du classement « station de tourisme » et de l’accès à certaines aides.

Fusion des deux regards : une boussole pour 2025

Mis bout à bout, rapport et réponse dessinent une « ligne d’arrivée » très nette : 2025 sera l’année des choix. Sans restauration de l’autofinancement, pas de capacité à investir durablement ; sans stratégie touristique écrite, pas de cap ni de priorisation ; sans décision sur le ski, une incertitude qui pèse sur tout le reste. La municipalité dit vouloir agir, la CRC dit où appuyer : il reste à faire converger méthode et calendrier.

À lire aussi : L’avenir des stations de ski vosgiennes.

Et maintenant ? Trois décisions qui feront la différence

  1. Arrêter une stratégie touristique locale (objectifs, indicateurs, gouvernance, calendrier), co-écrite avec l’intercommunalité et les acteurs du secteur, afin d’orienter les investissements et de sécuriser le renouvellement du classement.
  2. Décider du devenir du domaine skiable en 2025, en mesurant explicitement l’impact financier de chaque scénario et son apport à l’offre quatre saisons.
  3. Restaurer l’autofinancement : plan pluriannuel réaliste (recettes nouvelles, optimisation de la dépense, phasage des projets), assorti d’un suivi public trimestriel des indicateurs clés (trésorerie, épargne, dette).

Gérardmer a l’atout des territoires désirés : on y vient, on y revient. La seule question est de savoir si son modèle saura rester désirable pour les habitants et soutenable pour les finances. En 2025, le temps n’est plus à l’incantation : il est aux choix explicites, assumés et suivis dans la durée !


Gérardmer en quelques données clés

  • Population : 7 685 habitants (2025), dont 38 % ont plus de 60 ans
  • Hébergement : ~11 464 lits marchands sur la commune
  • Taxe de séjour : 1,3 M€ par an en moyenne (64 % sur Gérardmer)
  • Domaine skiable : 27 pistes, 2 télésièges, 15 téléskis ; 183 enneigeurs couvrant 44 % du domaine
  • Consommation d’eau pour la neige de culture : jusqu’à 169 613 m³ (saison 2021/2022)
  • Consommation électrique enneigeurs : 1,1 GWh (2021/2022)
  • Variabilité des jours d’ouverture : de 42 à 100 jours en alpin ; de 6 à 102 jours en nordique (2019–2024)
  • Dette communale : environ 35,7 M€

Sources : Rapport de la Chambre Régionale des Comptes et la réponse du maire Speissman Mozas. Analyse factuelle, sans jugement sur des personnes.

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